Jusqu’à quand allons-nous éclairer nos soirées à la bougie tout en dormant sur un trésor de milliards de mégawatts ? C’est toute l'ironie comorienne de cet été 2026. Alors que le gouvernement nous promet l'indépendance énergétique grâce aux entrailles du Karthala, le quotidien des citoyens se résume encore trop souvent à un calcul mental angoissant : y aura-t-il du courant ce soir ? Y aura-t-il de l'essence demain ?
Plongée sans filtre dans les coulisses d'un archipel qui bouillonne.
Le Karthala : Révolution verte ou éternel mirage ?
On nous annonce en grande pompe le lancement de la deuxième phase du projet géothermique. Montant de l'addition : 118 millions de dollars pour forer le flanc du volcan et capter sa chaleur. Sur le papier, c'est magnifique. C'est l'avenir, c'est propre, c'est souverain.
Mais posez la question au boutiquier de Moroni ou à la mère de famille à Mutsamudu : la géothermie va-t-elle refroidir leurs poissons aujourd'hui ?
« On nous parle de 2029 pour l'électricité du volcan. Mais d’ici là, on fait quoi ? On apprend à vivre dans le noir pendant encore trois ans ? »
C'est là tout le problème d'une gouvernance qui mise sur des lendemains qui chantent, tout en étant incapable de gérer le présent qui déchante.
Panique à la pompe : Le jeu dangereux de la SCH
Il a suffi d'un frisson, d'une rumeur de pénurie pour que Moroni frôle l'asphyxie à la mi-juillet. Des files d'attente interminables devant les stations-service, des conducteurs de taxi au bord de la crise de nerfs.
La réponse de la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH) ? Un communiqué lénifiant pour nous assurer que « tout va bien » et que les stocks sont pleins.
- Si tout va bien, pourquoi cette psychose permanente ?
- Si les stocks sont là, pourquoi l'approvisionnement ressemble-t-il toujours à un jeu de roulette russe ?
La vérité est que la confiance entre le citoyen et les institutions est rompue. Aux Comores, dès qu'une autorité dit "ne paniquez pas", le réflexe national est de courir acheter trois jerricans de gasoil. Et on ne peut pas en vouloir aux consommateurs.
Diplomatie de salon : Le baiser de la France
Pendant ce temps, le 14 juillet dernier, on trinquait au champagne dans les jardins de l'ambassade de France à Moroni. L'ambassadeur l'a martelé : « La France est un partenaire fiable ».
Une belle formule de diplomate qui peine à masquer les tensions historiques et la réalité du traitement des Comoriens à Mayotte. On s’embrasse devant les caméras, on signe des accords d'aide au développement, mais les plaies de la séparation restent grandes ouvertes. Cette "fiabilité" proclamée ressemble fort à une étreinte de velours pour maintenir l'archipel sous influence, alors que d'autres puissances (Chine, pays du Golfe) attendent patiemment leur heure dans le canal du Mozambique.
Et le peuple dans tout ça ?
Heureusement, il reste le football pour oublier la politique. Les Cœlacanthes se battent comme des lions pour arracher une qualification historique au Mondial 2026. Mais le courage de nos joueurs sur le terrain ne peut pas éternellement masquer les défaillances de ceux qui dirigent le pays depuis la terre ferme.
Le Karthala gronde, le peuple s'impatiente. Il serait temps que l'électricité ne vienne plus seulement du volcan, mais d'une véritable volonté politique de changer les choses. Maintenant.